Google Cloud a officiellement lancé sa région France le 30 juin dernier. Et c'est une bonne nouvelle. Non pas parce que cela s'apparenterait à un "Cloud à la française" ; il y a déjà plusieurs acteurs français qui relèvent ce défi. Plutôt parce que cela démontre et apporte des avantages concrets aux clients français. J'en vois au moins cinq :

1) Cette région France montre la volonté d'investissement sur notre marché

C'est difficile à croire, mais nous n'en sommes encore qu'aux débuts du Cloud. Les progressions des trois grands acteurs américains du Cloud sont vertigineuses, et leurs investissements sont tout aussi prodigieux. Ouvrir la région France (europe-west 9 dans la console Google Cloud), avec ses 3 zones de réplication, est un acte fort, qui densifie le maillage de Google Cloud en Europe et donne du poids à l'offre auprès des entreprises françaises.

De nombreuses entreprises avec qui nous sommes en contact attendaient avec une certaine impatience cette possibilité d'héberger des données et d'exécuter des workloads sur Google Cloud, en France.

2) Cette région s'inscrit dans une démarche GreenOps

L'impact carbone des investissements IT devient un enjeu crucial. Les fournisseurs de Cloud sont à la pointe sur ce sujet : mutualisation, processeurs spéciaux et refroidissement intelligent pour minimiser l'impact énergétique, sources d'énergie bas carbone... ainsi que des outils pour choisir les régions en fonction de leur approvisionnement en énergie - voire pour déplacer des workloads en mode "follow the sun" (et le vent).

Capture d'écran de la console Google Cloud

En l'occurrence, la région France se positionne parmi les meilleures du point de vue de l'impact énergétique, avec Zurich et devant la Belgique ou la Finlande, en particulier grâce à la production nucléaire.

3) La co-entreprise avec Thalès répond au label Cloud de confiance

La région France constitue aussi la base d'une offre conjointe de Google Cloud et Thalès, qui ont créé une co-entreprise de droit français, dans laquelle Google Cloud est "extrêmement minoritaire" : S3NS. Aujourd'hui, l'offre propose aux clients de renforcer la protection de leurs données en leur donnant la maîtrise totale des clés de chiffrement. Fin 2023, les clients pourront opter pour un support technique opéré par les équipes de S3NS. En 2024 si tout va bien, c'est l'offre Cloud de confiance, répondant aux critères SecNumCloud de l'Anssi, qui sera disponible. L'offre pourra dès lors s'adresser à toutes les entreprises réticentes aux offres de Cloud américaines, puisqu'elle proposera l'ensemble du catalogue Google Cloud, hébergé et opéré par un acteur de droit français.

Source : Haas Avocats

4) Les équipes locales vont monter en compétence

Une telle offre de Cloud de confiance est bienvenue et nécessaire. Les entreprises ont dû avancer sur le sujet, faute d'une offre de Cloud souverain qui tienne véritablement la route. La formalisation des critères d'un Cloud de confiance par le gouvernement a permis de poser des bases pour construire des partenariats industriels comme celui de Google Cloud et Thalès.

Cela ne dispense pas, toutefois, de chercher à construire par ailleurs un Cloud souverain. Une offre où toutes les dimensions du Cloud seraient maîtrisées, et pas seulement la localisation ou la nationalité de l'opérateur ou de ses employés. Or, souvent, matériels et logiciels sont oubliés. Difficile pourtant de fonder une offre souveraine si tout repose sur un orchestrateur de VM propriétaire américain, par exemple.

Pour nous, c'est une nécessité, qui doit se jouer au niveau européen. En attendant, de telles offres donnent un terrain de jeu formidable aux équipes françaises pour monter en compétence. Les géants américains du Cloud ont un savoir-faire indéniable dans la gestion du Cloud à grande échelle, ce sont eux qui ont inventé ces infrastructures capables de servir plus d'un milliard d'utilisateurs.

Les équipes Cloud des entreprises, les prestataires, les équipes de Thalès, tout le monde gagne ainsi à s'approprier de telles technologies et méthodologies, qui seront indispensables pour gagner notre autonomie.

5) Cela profitera à l'écosystème

Quelques jours avant l'événement de Google Cloud pour lancer la région France, Microsoft et Capgemini ont communiqué à propos de Bleu, une offre concurrente en cours d'élaboration. Les acteurs français du Cloud se sont fendus d'une tribune dans Les Echos : Quentin Adam (PDG de Clever Cloud ), Yann Lechelle, (PDG de Scaleway) et Michel Paulin (directeur général d’OVHCloud) réagissent à la notion de "Cloud à la française" et rappellent que la France peut déjà s'enorgueillir de nombreuses pépites.

L'expansion de Google Cloud en France et le partenariat avec Thalès rappellent ainsi crûment le besoin d'une offre capable de rivaliser avec les grands du secteur, tout en offrant les meilleures garanties de souveraineté. Une telle offre émergera uniquement avec le soutien des pouvoirs publics, au travers de la commande publique et d'initiatives industrielles au niveau européen.

Le secteur est encore jeune, et même si on a perdu beaucoup de temps, nous pouvons encore faire émerger cette offre locale, souveraine.

Share this post