Quand on entend parler de SI moderne, on pense à cloud, data driven, Zero Trust, architecture événementielle, product, devops, SRE… autant de mots souvent jetés tels quels, sans contexte.

Il est important de remettre tous ces termes en perspective et de comprendre comment ces concepts s'entremêlent.

Prenons acte du changement de constante de temps

D'abord, un peu d'histoire. On peut penser que quand Louis Renault ou Henry Ford ont lancé leurs voitures, ils se disaient que dans 50 ans, tout le monde conduirait une voiture. On peut aussi facilement imaginer que lorsque Steve Jobs a lancé son iPhone, il se soit dit "dans 5 ans, tout le monde l'aura dans sa poche".

Surtout, on se souvient tous qu'en mars 2020, lors d'une allocution désormais célèbre, le président Emmanuel Macron a expliqué que d’ici 5 jours, tout le monde serait bloqué à la maison et devrait télétravailler.

Poussons le bouchon. On peut facilement imaginer que notre Première ministre, Elisabeth Borne, pourrait nous annoncer des coupures d'électricité d’ici 5 heures...

L'économie, la société ont toujours évolué. Ce qui a changé, c'est la constante de temps de cette évolution. Là où du temps de Ford et Renault les changements étaient sur des temps "générationnels", et que du temps de Jobs ils étaient plutôt intragénérationnels, le rythme de changement a continué à s'accélérer.

Nous sommes entrés dans une époque où la volatilité, l'incertitude, la complexité et l'ambiguïté (en anglais, VUCA : Volatility, Uncertainty, Complexity, Ambiguity) dominent l'environnement dans lequel nous évoluons. Les personnes ou les institutions, qu'elles soient publiques ou privées, qui arriveront à passer ce moment seront celles capables de s'adapter en quasi temps réel à un événement qui survient.

C'est pourquoi j'ai coutume de dire que nous sommes entrés dans l'ère du darwinisme numérique, avec son dogme : "Ce n'est pas le plus fort de l'espèce qui survit, ni le plus intelligent. C'est celui qui sait le mieux s'adapter au changement !"

Car au final, ce changement de constante de temps est la conséquence directe de la numérisation de notre environnement. En rendant les biens et les services immatériels, elle les rend plus malléables, plus adaptables, moins immuables. La capacité d'adaptation au changement rapide est donc essentielle pour survivre.

Considérons l’IT comme créateur de valeur

Aujourd'hui une entreprise ne peut pas se prévaloir d'être adaptable si son système d'information est figé ou s'il n'accepte que des modifications rares et parcellaires qui lui retirent toute réactivité.

Nous avons trop entendu : "la livraison de ce nouveau serveur sera disponible dans plusieurs semaines", "la correction de ce bug ou le déploiement de cette nouvelle fonctionnalité sera disponible lors de la release trimestrielle".

En tant que pure-players, les Tech Companies ont compris depuis longtemps que l'IT devait être une source de création de valeur et non un frein à l'évolution. L'idéal étant que l'IT atteigne le stade rêvé d'accélérateur de création de valeur.

Ainsi des entreprises comme Amazon, Google, Spotify, Netflix mettent en production des évolutions de leur système d'informations plusieurs fois par jour. Leur informatique est au service des salariés, des clients et de la création de valeur. Ce n'est pas un frein, mais un catalyseur.

Les nouveaux enjeux du SI sont multiples. On demande à ce qu'il soit efficace, ouvert, connecté, automatisé, up-to-date, sécurisé, frugal, fiable, adaptable... Pour atteindre ces objectifs, ce SI moderne doit avoir 3 atouts : il doit être orienté produits, il doit s'appuyer sur une plateforme et il doit fournir des données pour objectiver les décisions.

Les produits : créer de la valeur

Lorsque nous envisageons le système d'information avec une approche produit, nous engageons l'organisation à se concentrer sur ses objectifs finaux plutôt que sur des réalisations à court terme. Les équipes accordent alors plus d'importance au résultat final, au livrable et à la qualité du service rendu aux clients du produit. Elles prennent également plus facilement en compte la capacité à intégrer le produit dans le système global, et sont plus facilement conscientes des défis à relever pour prendre en compte les besoins et satisfaire les utilisateurs du produit, qu'ils soient clients, fournisseurs/partenaires ou utilisateurs internes.

La logique de financement est également impactée, un produit n'est plus perçu à travers le prisme du coût qu'il va générer mais au travers de celui de la création de valeur. L'entreprise passe ainsi d'une logique de contrôle des coûts à une logique d'investissement. Le FinOps, outil qui maximise la valeur créée pour un investissement donné, est alors une méthode naturelle de pilotage et de suivi des investissements. Les arbitrages se font autour d'une feuille de route et d'une logique de version qui améliorent la lisibilité.

La qualité des livrables est également grandement améliorée. De manière très naturelle, les aspects UX/UI sont abordés, la connectivité du produit est aussi plus facilement traitée avec des logiques de communication synchrone (via API) et asynchrone (via des mécanismes de publish/subscribe).

La plateforme : simplifier et fiabiliser la création de produits

Le concept de plateforme est devenu très populaire. Mais il recouvre différentes choses. Dans le cas de la construction d'un système d'information, la plateforme est le groupe de composants communs que l'on trouve dans les différents produits du SI. Elle représente la généricité, la documentation, le code, les outils, les meilleures pratiques, mais aussi bien sûr la puissance de calcul, la puissance de stockage et la puissance de communication mises à disposition pour faciliter la vie des équipes produits.

Le concept n'est pas nouveau. Il a été matérialisé dans de nombreuses industries, il est là pour normaliser. Mal pensée, la plateforme peut s’avérer contre-productive, et peut être vécue par les équipes produits comme contraignante, normalisante et inhibitrice. Au contraire, en fixant un cadre, elle devrait soutenir la créativité et l'innovation en aidant les équipes produits à se concentrer sur la création de valeur pour leurs utilisateurs.

La plateforme est une solution pour centraliser l'expertise ; chaque équipe n'a pas besoin de réinventer la même chose. Lorsqu'une équipe crée un composant, une technologie réutilisable, elle le fait une fois, mais elle le fait bien pour qu'il soit disponible pour les autres équipes.

La plateforme doit être simple à utiliser. Il n'est pas possible de forcer une équipe à l'utiliser. Sinon, elle le fera mal. Son adoption doit être fluide et la courbe d'apprentissage douce. Elle doit permettre à quelqu'un qui la découvre de faire un "HelloWorld" très rapidement, mais aussi à une équipe produit de pouvoir s'appuyer sur elle pour assurer l'évolutivité, la fiabilité et la sécurité.

La plateforme doit aussi savoir s'appuyer sur des produits existants que ce soit des solutions open source, des solutions managées ou des patterns déjà publiés.

La plateforme elle-même doit être pensée comme un produit au service des utilisateurs. Elle doit être documentée, avoir une feuille de route, des versions, une équipe d'assistance, une équipe d'acculturation, un budget...

La donnée : piloter la création de valeur

Lorsque nous parlons de données, il est important de faire la différence entre les informations qui sont manipulées par les produits qui composent le système d'information, que j'appelle des entités métier, et les informations qui sont nécessaires pour analyser le passé, prédire l'avenir, comprendre le présent et améliorer la création de valeur, que j'appelle des données.

Les entités métier sont nécessaires au bon fonctionnement d'un produit, c'est le produit qui gère leur cycle de vie, leur gouvernance, leur qualité. Les données sont nécessaires pour introspecter ce qui se passe et proposer des améliorations, entre autres dans la création de valeur.

Contrairement aux entités métier, les données ne sont pas vitales pour le fonctionnement d'une entreprise, elles sont seulement nécessaires pour comprendre les mouvements de l'état du système d'information, le système d'information lui-même étant la représentation numérique de l'entreprise.

Il existe 3 types de données: les données fossilisées, les données synchrones et les événements. Chaque catégorie a son rôle à jouer.

  • Les données fossilisées, parfois appelées données "mortes", sont les données stockées dans les entrepôts de données. Elles aident à comprendre le passé de l'entreprise grâce aux équipes d'analystes et à prédire l'avenir grâce aux équipes de data scientists.
  • Les données synchrones sont des données accessibles via une API. Elles permettent de percevoir le présent. Par exemple, lorsque nous voulons l'adresse d'un client pour lui envoyer un colis, une API peut récupérer cette information.
  • Les événements sont des données particulières, qui représentent les modifications des entités métier gérées par les produits. Les produits émettent ces événements sans connaître les destinataires. Ils utilisent des mécanismes de publication/abonnement et généralement des bus pour émettre leurs événements. Par exemple, dans un CRM qui gère le cycle de vie d'un client, l'adresse du client est consultable via une API. Cela permet d'avoir à l'instant "t" la valeur de cette information. Le CRM émet des événements à chaque modification d'une adresse. Cela permet au service concerné d'effectuer les processus nécessaires. La génération de cet événement autorise la mécanisation des tâches associées à un changement d'adresse. Ainsi la réactivité et l'efficacité de l'entreprise sont améliorées.

En synthèse

Un produit est le résultat de l'interaction réussie d'un ensemble de processus qui visent à créer de la valeur pour le client. La plateforme est l'ensemble des processus, des outils et des meilleures pratiques qui permettent à l'équipe produit de créer et de livrer le produit. Les données sont utilisées pour objectiver l'évolution des produits.

La plateforme permet à l'équipe produit de se concentrer sur le client et le produit, tout en faisant abstraction des détails techniques sous-jacents. Cela permet à l'équipe d'avancer rapidement et efficacement, sans avoir à se soucier de la mise en œuvre technique. La plateforme permet également d'offrir une expérience produit cohérente et fiable, ainsi qu'une mise à l'échelle et une croissance faciles. A noter que la plateforme est elle-même un produit.

Les données sont utilisées pour suivre les progrès des produits et identifier les points à améliorer. Elles aident aussi l'équipe à comprendre comment les produits sont utilisés et quelles sont les fonctionnalités les plus populaires. Ces données sont essentielles pour prendre des décisions éclairées sur les produits et assurer son succès continu. La plateforme étant un produit, son évolution est elle-même objectivitée par les données.

Didier Girard on LinkedIn: SI Moderne = Produits + Plateforme + Données
SI Moderne = Produits + Plateforme + Données Un système d’information moderne est un système d’information compatible avec le futur. Et dans un environnement...
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