
Tokenomics foundation : l'ère du FinOps appliqué à l'IA est officiellement ouverte
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Il y a quelques jours à peine, je soulignais dans une tribune publiée sur CIO Magazine à quel point l'intelligence artificielle bouleverse la fabrique du logiciel. Si le cycle de développement (SDLC) conserve ses fondamentaux, l'accélération permise par l'IA générative et les agents autonomes rend impardonnable tout écart à la discipline. J'insistais sur la nécessité d'une "troisième jambe" pour soutenir cette transformation : la gouvernance, le pilotage par la valeur, et ce que j'appelais le "FinOps appliqué à l'IA".
Le calendrier fait bien les choses : le 3 juin, la Linux Foundation a confirmé cette urgence en annonçant l'intention de donner une petite sœur à la FinOps Foundation : la Tokenomics Foundation.
Le token, nouvelle unité de compte de l'IT
Soutenue par des poids lourds de l'industrie (Accenture, Booking.com, Google Cloud, Microsoft, IBM, Salesforce…), cette nouvelle entité vise à établir des standards ouverts, des benchmarks et des bonnes pratiques pour l'économie de l'infrastructure IA. Jusqu'à présent, l'IA était traitée en tant que "scope" au sein de la FinOps Foundation. Mais le poids croissant, exponentiel, de l'agentique mérite un organisme qui lui est dédié.
Le constat rejoint notre conviction chez WEnvision : alors que les entreprises passent des expérimentations (les fameux POC) à la production, le "token" (jeton) est devenu la nouvelle unité de mesure des dépenses technologiques. L'IA n'est plus un outil logiciel que l'on paie au forfait ; c'est une ressource de production récurrente et variable, exactement comme le cloud l'est devenu dans les années 2010.
La question devient encore plus prégnante depuis que les principaux fournisseurs ont annoncé des changements de facturation qui commencent à refléter le coût réel d'usage de l'agentique. Selon Goldman Sachs, l'utilisation mondiale de tokens devrait être multipliée par 24 d'ici 2030 pour atteindre 120 millions de milliards de tokens par mois. Avec une facturation au token plutôt qu'au forfait, la note va vite devenir salée. Comme le résume J.R. Storment, créateur et directeur exécutif de la FinOps Foundation, dans le communiqué de lancement : "Les coûts et l'efficacité des tokens sont devenus une préoccupation au niveau des PDG, pas une note de bas de page technique." Voilà qui rappelle furieusement un moment clé de l'adoption du cloud, non ?
Au-delà de la réduction des coûts : le pilotage par la valeur
L'une des promesses les plus fortes de la Tokenomics Foundation est d'apporter de la transparence dans un domaine encore très opaque. Aujourd'hui, comparer l'efficience de deux modèles d'IA relève du défi : tokens d'entrée vs tokens de sortie, systèmes mis en cache, tarifications mouvantes qui ne se comportent ni comme du compute, ni comme du stockage… La fondation ambitionne de créer un langage commun (notamment en étendant la spécification open source FOCUS) pour que les acheteurs sachent réellement s'ils paient le juste prix pour la valeur créée.
C'est la question la plus importante. Comme je l'écrivais dans CIO, le bon réflexe face à cette nouvelle consommation n'est pas d'interdire ou de plafonner pour réduire la facture. L'enjeu du FinOps n'est pas tant de réduire les coûts que d'optimiser l'efficience — qu'on parle de cloud ou d'IA.
Déployer des mécanismes d'ingénierie complexes pour économiser quelques tokens sans mesurer ce qui est livré ne résout rien. Le véritable défi, que les futurs standards de la Tokenomics Foundation vont nous aider à relever, — c'est d'évaluer le coût de l'IA rapporté à l'impact business : time to market, qualité, fonctionnalités, écoconception.
Ne pas courir (trop vite) dans le mur
L'annonce de la Linux Foundation est une excellente nouvelle pour l'écosystème. Elle dote l'industrie d'un "foyer neutre" pour encadrer l'économie naissante de l'IA générative et agentique. Un standard technique, aussi solide soit-il, ne fera pas tout.
Pour les DSI, adapter la chaîne de production logicielle à l'agentique exige une évolution profonde du modèle opérationnel (le Target Operating Model). Les process sont à revoir à l'aune de l'agentique, les équipes à repenser — les Américains annoncent déjà la fin des double pizza teams au profit des sandwich teams —, la culture de la donnée financière doit s'infuser chez les tech leads augmentés, et la relation avec les métiers doit s'orienter vers ce pilotage par la valeur.
Faute de sécuriser en amont ces aspects organisationnels et culturels, une SDLC dopée à l'IA se contentera, je le répète, "d'amplifier les problèmes et de vous aider juste à aller plus vite… dans le mur". Ce sont les enjeux auxquels nous sommes confrontés aujourd'hui chez nos clients : co-construire une feuille de route, repenser le modèle opérationnel à l'ère agentique et instaurer cette gouvernance financière devenue indispensable.
La Tokenomics Foundation s'apprête à nous fournir les métriques standards ; à nous, ensemble, de construire la stratégie qui les transformera en avantage compétitif.

Tribune · CIO Magazine
L'ingénierie logicielle à l'ère de l'IA — tout change et rien ne change
Pourquoi le SDLC conserve ses fondamentaux même quand l'IA générative accélère tout — et pourquoi cette accélération rend la gouvernance plus indispensable que jamais.
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