
TechRocks 2025 : Asmah Mhalla invite à voir la géopolitique derrière l’IA
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Rendez-vous incontournable des CTO, le Summit TechRocks démarre traditionnellement ses deux jours de rencontres, témoignages et talks inspirants par des invités « poil à gratter », pour aider à donner du recul sur la technologie. Cette année, le comité de contenu a sélectionné Asmah Mhalla pour parler géopolitique de l’IA.
Présentée comme politiste et essayiste, docteure en sciences politiques, spécialiste de géopolitique, des Big Tech et de l'intelligence artificielle, Asmah Mhalla est l’invité chouchou des médias et think tanks. Pensez donc, elle dévoile le dessous des cartes, ce qui se joue à un niveau géopolitique !
Pour un séminaire titré « IA, de la Hype à la réalité », cela a tout son sens sur le papier. Mais qu’avons-nous appris dans ce talk ? Que faute d’une vision industrielle que l’Europe aurait dû proposer en matière de technologies, nous avons une responsabilité en choisissant nos fournisseurs.
Une conclusion empreinte de bon sens qui n’a, je pense, décoiffé personne, dans la belle salle du théâtre de Paris, peuplée d’experts tech passionnés et aguerris.
Les grands points du discours d’Asmah Mhalla
Je vais tenter ici de retranscrire le plus fidèlement possible le discours d’Asmah Mhalla, pour vous laisser juger du raisonnement menant à cette conclusion.
1) Déconstruction du concept d'IA
- "IA" est un concept marketing flou qui empêche une réflexion méthodique
- Historiquement, c'est un domaine de recherche interdisciplinaire (depuis Turing)
- Le terme "Intelligence Artificielle" a été choisi en 1956 à Dartmouth pour "pitcher" (séduire les investisseurs)
- Biais de traduction : "intelligence" en anglais = aussi "information/renseignement"
- En réalité : pas une IA unique, mais des systèmes algorithmiques
2) Cycles d'hystérie récurrents
- Schéma répétitif : Kasparov (1999) → Lee Sedol (2016) → ChatGPT (2022)
- À chaque fois : mêmes peurs (fin de l'homme, singularité, perte d'emplois)
- "On aime se faire peur. Mais on est toujours là"
3) Changement de paradigme : infrastructures, pas outils
- L'IA doit être pensée comme infrastructure industrielle avec chaînes de valeur
- Enjeux de pouvoir et puissance à chaque étape :
- Micropuces (goulot d'étranglement, dépendance à Nvidia/TSMC)
- Talents (brain drain vers US/Chine, guerre des salaires)
- Modèles (Deepseek vs ChatGPT)
4) Bataille géostratégique US-Chine
- Rivalité hégémonique pour définir l'ordre mondial
- US : crainte du déclin (référence à la Bible écrite par Paul Kennedy), recherche nouvelle source de puissance technologique
- Chine : contre-récit (frugalité, open source avec Deepseek)
- Suprématie militaire moderne = vitesse = IA
- L'Europe avait les technologies (raté français avec l’équivalent de Deepseek dans les labos de recherche publics)
5) Dilemme européen
- Souveraineté normative défensive (DSA, DMA, AI Act) depuis 2019
- Faux débat innovation vs régulation : il faut les deux
- Pression US : l'UE vue comme simple zone d'influence/marché, qui joue le jeu de Trump pour “gagner du temps”
- Inflexion dangereuse : tentation de moins réguler pour s'aligner sur les US (position allemande atlantiste)
6) Conclusion : urgence stratégique
- "En essayant de gagner du temps, on en perd"
- Besoin d'une vision industrielle à 20-30 ans, mais l’Europe n’a pas choisi de développer cette filière
- Chaque choix technique = choix géopolitique
- Question centrale : quel backup si perte d'accès aux technologies américaines ?
- Enjeux finaux : dépendance et arbitraire instaurés par les US, pouvoir déporté vers le privé
Critique de la critique
Certains points étaient critiquables - le fait de parler sans slides est intéressant, mais offre une possibilité un peu trop facile d’affirmer des choses (“souvenez-vous des débats hystériques”) pour aussitôt se positionner en sage au-dessus de la mêlée (“mais cet argumentaire est de bas niveau, la vraie question, c’est”). Il fallait donc passer outre ces procédés de rhétorique et un certain niveau de condescendance pour se focaliser sur le fond.
S’il s’agissait de nous dire que la souveraineté devient un enjeu prioritaire, la communauté de la tech dans son ensemble en a pris conscience. Le Cigref a publié une très intéressante étude montrant notre dépendance toujours plus hallucinante aux technologies US, et je pense que la grande majorité des CTO se pose sérieusement la question à chaque décision stratégique.
Nous avions aussi déjà compris, je crois, que la réponse doit être industrielle. L’investissement d’ASML dans Mistral, la montée en puissance d’acteurs comme Scaleway, sont autant de signes positifs quoique rares.
Ce n’est pas non plus une grande révélation qu’on peut voter avec son portefeuille. Mais soyons honnête : c’est une stratégie relativement complexe à mettre en place lorsqu’on doit répondre à des injonctions contradictoires venues du business, de son contrôleur financier, etc. Même pour des entreprises d’envergure internationale, et/ou dont les activités pourraient être profondément impactées par des décisions géopolitiques, préserver un certain niveau d’indépendance est compliqué. Et ces entreprises ne nous ont pas attendu, ni nous ni Asmah Mhalla, pour prendre ces éléments en considération.
L’architecture est la clé de l’indépendance
Pour en revenir à des conditions très terre à terre, disons que ce discours a rejoint la conclusion du talk précédent, mené par Marie Crappe, Head of Data de Choose, et Didier Girard, notre DG : si on considère que l'IA sera le système nerveux de l'entreprise en 2030, autant le conserver en interne. Un discours que nous tenons à tous nos clients : concrètement, cela veut dire créer et gérer sa propre plateforme, de manière à pouvoir s'appuyer sur les fournisseurs Cloud de son choix (ou sur ses propres infrastructures) et les LLM de son choix, en conservant la capacité de passer de l'un à l'autre.
Pour nous, l'architecture est le premier pas obligatoire pour emprunter ce chemin de la souveraineté. Ou au moins, préserver une certaine indépendance.
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