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L'ère du manager-jardinier : pourquoi évaluer votre IA est plus important que de la prompter

L'ère du manager-jardinier : pourquoi évaluer votre IA est plus important que de la prompter

Sandrine BOITEAUSandrine BOITEAU
Culture4 min

L'ère du manager-jardinier : pourquoi évaluer votre IA est plus important que de la prompter

Nous vivons un paradoxe fascinant. D'un côté, nous rêvons tous d'agents autonomes pour nous libérer du temps. De l'autre, dès que nous déléguons une tâche à une IA, nous sommes souvent déçus ou inquiets du résultat, nous obligeant à tout revérifier.

Le problème ne vient pas de l'IA. Il vient de notre approche du management de l'IA.

Nous avons passé les années 2024 et 2025 à apprendre à "prompter", à donner des ordres. 2026 sera l'année où nous devrons apprendre à évaluer, à vérifier le travail. Comme le soulignent très justement de récentes analyses, 90% de la valeur d'un agent IA ne réside pas dans sa capacité à générer du texte, mais dans notre capacité à évaluer la qualité de ce qu'il produit.

Le mythe de la "Boîte Noire" magique

L'erreur la plus courante est de traiter une IA générative comme un logiciel classique. Avec un logiciel classique (comme Excel), si une formule fonctionne une fois, elle fonctionnera un million de fois. C'est déterministe.

Avec une IA, c'est différent. Ce n'est pas parce qu'elle a réussi à résumer un email parfaitement lundi qu'elle ne va pas halluciner ou réaliser une performance décevante le mardi. Le réel est chaotique : une requête mal formulée, un document ambigu, une nuance culturelle implicite... et l'agent déraille.

Si vous déléguez sans système de vérification, vous ne gagnez pas de temps. Vous jouez à la roulette russe avec votre réputation professionnelle.

Du planificateur au jardinier

C'est ici que la métaphore change. Dans le modèle M3K décrit par Jurgen Appelo (voir notre article sur “M3K et blended teams”), le manager n'est plus un "Chef de chantier" qui exécute un plan linéaire pour un problème simple. Il doit gérer des problèmes complexes (Wicked Problems).

On ne "programme" pas une IA comme on construit un mur. On élève une IA comme un jardinier s'occupe de ses plantes.

Pour reprendre le Paradoxe de Stockdale (un état d’esprit clé du M3K), votre posture doit être double :

  1. Foi inébranlable : Croire que votre système IA finira par être performant.
  2. Discipline brutale : Confronter votre IA à la réalité de ses erreurs à chaque instant.
  3. Le Tuteur (le prompt) : Vous donnez la direction initiale. "Pousse vers le haut".
  4. La Taille (le feedback négatif) : Quand l'IA part dans une mauvaise direction (hallucination, ton inapproprié), vous devez couper cette branche immédiatement. "Ne fais pas ça".
  5. L'Engrais (le contexte) : Pour qu'elle grandisse bien, vous devez nourrir son sol avec des exemples de qualité, des documents de référence, votre "culture" d'entreprise.

Un jardinier ne crie pas sur ses plantes pour qu'elles poussent plus vite. Il observe, il ajuste, il nourrit. C'est exactement ce que vous devez faire avec vos agents.

Votre nouvelle valeur ajoutée : le "juge suprême"

Beaucoup craignent que l'IA ne remplace l'humain. L'IA remplace l'humain dans la production (le brouillon), mais elle rend l'humain indispensable dans l'évaluation (la validation).

Dans le jargon technique, on appelle cela le Human-in-the-Loop (l'humain dans la boucle). Votre rôle évolue : vous passez de "celui qui fait" à "celui qui sait ce qui est bon".

C'est ce qu'on appelle “définir le Golden Set”, l'étalon-or de la qualité :

  • Qu'est-ce qu'un "bon" rapport stratégique ?
  • Qu'est-ce qu'une réponse client "empathique" mais "ferme" ?
  • Où se situe la ligne rouge éthique de votre entreprise ?

L'IA ne peut pas inventer ces standards. Elle ne peut que tenter de les imiter. C'est à vous, le Manager-Jardinier, de définir ces standards et de juger si la récolte est bonne.

Arrêtez de prompter, commencez à juger

L'avenir n'appartient pas à ceux qui écrivent les prompts les plus complexes. Il appartient à ceux qui mettent en place les systèmes d'évaluation les plus robustes.

Si vous voulez vraiment passer à l'échelle avec l'IA en 2026 :

  1. Acceptez l'imperfection : Votre agent se trompera. C'est normal.
  2. Investissez dans le feedback : Chaque correction que vous faites est une pépite d'or pour l'apprentissage de votre agent. Ne corrigez pas en silence ; expliquez-lui pourquoi.
  3. Restez le gardien du sens : L'IA gère la syntaxe, vous gérez la sémantique et la stratégie.

Ne soyez plus seulement un utilisateur d'IA. Soyez son jardinier exigeant.


Cet article est inspiré par les réflexions sur le "Paradoxe des Agents IA" et l'importance du testing, notamment mises en lumière par les équipes de WEnvision.

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